Pourquoi de plus en plus d’enfants souffrent-ils d’anxiété depuis le COVID-19 ?

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La pandémie de COVID-19 a engendré une hausse significative des troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, compromettant leur capacité à participer à des activités quotidiennes essentielles.

Scolarisation, socialisation ; des processus fondamentaux qui se trouvent aujourd’hui menacés par cette tendance, un effet au long terme de la crise sanitaire. L’anxiété, déjà le trouble mental le plus répandu chez les adultes outre-Atlantique, gagne du terrain chez les plus jeunes. Cette progression se manifeste notamment par une augmentation de l’absentéisme scolaire, phénomène que les spécialistes qualifient d’ailleurs de « refus scolaire chronique ».

Alyssa Farley est professeure assistante de recherche en sciences psychologiques et cérébrales à l’Université de Boston. Pour apporter un éclairage scientifique à cette problématique complexe, elle a accordé une interview au média Futurity. En voici les principaux éléments qui en sont ressortis.

L’impact neurobiologique de la pandémie sur le développement infantile

Selon Farley, les mécanismes neurobiologiques sous-jacents de l’anxiété se sont intensifiés pendant la pandémie ; c’est son postulat de départ. Elle explique : « L’intolérance à l’incertitude, aux changements et à la détresse – tous des facteurs clés de l’anxiété – ont connu une hausse significative en 2020, et ne sont pas revenus à leurs niveaux pré-COVID ». Cette observation met en lumière la complexité des interactions entre le stress prolongé et le développement cérébral, interrogeant notamment le fonctionnement de la plasticité neuronale et les mécanismes de résilience.

En effet, le cerveau en développement des enfants et des adolescents est particulièrement sensible aux influences environnementales, y compris les facteurs de stress chroniques tels que ceux induits par la pandémie. La plasticité neuronale, cette capacité du cerveau à se remodeler en fonction des expériences vécues, est l’un des piliers essentiels à notre survie et joue un rôle fondamental dans l’adaptation à un environnement changeant. Toutefois, une exposition prolongée à des niveaux élevés de stress peut potentiellement altérer cette plasticité.

Par ailleurs, les mécanismes de résilience, qui permettent normalement aux individus de s’adapter positivement face à l’adversité, peuvent être mis à rude épreuve dans le contexte d’une pandémie prolongée. La perturbation des routines quotidiennes, l’isolement social et l’incertitude générale peuvent surcharger ces systèmes de résilience, en particulier chez les jeunes chez lesquels ces stratégies d’adaptation sont encore en développement.

La privation d’interactions sociales pendant les périodes critiques du développement aurait donc altéré la maturation des circuits neuronaux impliqués dans la régulation émotionnelle et les compétences sociales. Farley souligne : « Un enfant prédisposé à l’anxiété sociale aurait pu passer des années de développement cruciales sans stimulation sociale adéquate, compromettant potentiellement l’acquisition de compétences socio-émotionnelles essentielles. Avec le retour à une scolarité normale, certains élèves ont été privés d’opportunités essentielles pour apprendre à gérer les situations sociales complexes ».

L’hyperconnectivité numérique : un facteur aggravant

Autre phénomène qui a pesé lourd dans la balance : l’augmentation du temps passé devant les écrans pendant les différents confinements. Ce changement de routine a joué un rôle déterminant dans l’exacerbation de l’anxiété chez les enfants. Farley confirme ce point en rapportant les témoignages de nombreux parents : « J’entends nombre de parents dire que leur enfant est complètement accro à son téléphone ou à sa tablette, et qu’il est vraiment difficile de les faire faire autre chose ». Cette dépendance aux écrans, normalisée pendant la période COVID, a largement compliqué le retour à une vie sociale et scolaire normale.

Les recherches en neurosciences cognitives les plus récentes suggèrent qu’une exposition prolongée aux écrans peut affecter le développement des fonctions exécutives, cruciales pour la gestion de l’anxiété ; un constat encore plus vrai chez les plus jeunes. Cet usage excessif peut aussi se transformer en moyen d’évitement pour les enfants anxieux et se transformer en cercle vicieux.

Pour endiguer ces réactions anxieuses, Farley préconise une approche thérapeutique basée sur l’exposition graduelle. Elle explique : « Plutôt que d’accommoder l’évitement, qui renforce les circuits neuronaux de la peur, nous recommandons une exposition progressive aux situations anxiogènes » Cette méthode vise à recalibrer la réponse du système limbique et à renforcer le contrôle cognitif sur les réactions anxieuses.

La spécialiste souligne également l’importance de travailler avec les familles pour modifier les habitudes à la maison. « Lorsque nous essayons d’aider les familles à faire en sorte que leur enfant fréquente l’école plus régulièrement, nous devons leur demander de supprimer ce renforcement à la maison » explique-t-elle. Cela implique souvent de limiter l’accès aux écrans et d’encourager des activités alternatives qui favorisent l’interaction sociale et l’engagement dans le monde réel.

Vers une approche intégrative de la gestion de l’anxiété

Farley insiste sur la nécessité d’une compréhension plus approfondie des manifestations de l’anxiété dans divers contextes. Elle plaide pour une formation accrue des enseignants et des parents à la détection précoce des signes d’anxiété, soulignant que les troubles intériorisés sont souvent sous-diagnostiqués par rapport aux troubles extériorisés plus visibles.

Les interventions proposées par Farley s’appuient sur les principes de la thérapie cognitivo-comportementale. Elle recommande aux parents de valider les émotions de leur enfant tout en encourageant des comportements d’approche face aux situations anxiogènes. « Soyez à l’écoute des émotions de votre enfant et exprimez votre confiance en ses capacités. Au lieu de le rassurer en minimisant ses craintes, aidez-le à les exprimer. Par exemple : “Je comprends que tu sois angoissé à l’idée de… Mais je sais que tu peux y faire face“». Une stratégie au long terme, visant à modifier progressivement les schémas cognitifs et comportementaux associés à l’anxiété.

La pandémie de COVID-19 a jeté une lumière crue sur la fragilité de la santé mentale de nos enfants. L’anxiété croissante chez les jeunes n’est pas simplement un effet secondaire temporaire, mais un signal d’alarme pour notre société toute entière. Le risque de voir émerger une génération marquée par l’anxiété chronique, entravée dans son développement social et cognitif, est réel. Vu autrement, c’est aussi une opportunité de repenser fondamentalement notre approche de la santé mentale des jeunes. Le défi est de taille, mais l’alternative – ignorer cette crise silencieuse – n’est tout simplement pas une option.

  • La pandémie a aggravé l’anxiété chez les jeunes, affectant leur développement cérébral et social.
  • L’hyperconnectivité numérique a exacerbé l’isolement social et les réactions anxieuses des enfants.
  • Les experts recommandent une approche thérapeutique d’exposition progressive et un soutien familial pour aider à gérer l’anxiété.

[Source : futurity.org]

Publié le 23 Septembre 2024 par  sur presse-citron.net

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